Claire Villemin, une artiste peintre qui interroge l’identité féminine, ses confrontations et ses émotions.

 

Aujourd’hui nous allons mettre en lumière Claire Villemin, qui au travers des ses œuvres, à l’acrylique, à l’aquarelle ou à l’huile, interroge les émotions féminines, ses aspérités et ses contradictions. Son univers coloré, en mouvement perpétuel, nous laisse entrevoir une ode à la liberté.

 Rencontre avec Claire Villemin

Rencontre avec Claire Villemin - Artiste Peintre

 C’est une jeune femme souriante, qui nous ouvre en ce 1er mai les portes de son antre d’artiste située à Maisons Laffite.

Comme pour nombre de femmes artistes chez qui nous nous rendons dernièrement, un chat est là également pour nous accueillir. Les chats sont-ils comme des vecteurs de l’Art sur Terre ?

Même si nous aborderons quelque peu la magie et les énergies liées à la créativité dans cet entretien, nous reviendrons peut être sur l’incarnation des chats dans un prochain article.

En attendant, voici le récit d’une rencontre incarnée.

Claire, peux-tu nous parler un peu de ton parcours ?

Je dessine depuis que je suis petite. De l’âge de 6 ans jusqu’à mes 12 ans j’ai pris des cours avec une professeure qui avait suivi la pédagogie Martenot. A l’origine, ce sont des écoles qui apprennent la musique, puis les éducateurs ont transposé ces méthodes d’apprentissage sur les arts plastiques, à travers la relaxation et l’importance du geste, pour guider une expression libre. L’approche Martenot, c’est transmettre l’art tout en favorisant le développement personnel de l’individu et l’expression de ses émotions.

A l’âge de 9 ans, j’ai gagné un concours de la Bande Dessinée organisé à Maisons Laffitte et le thème était « La femme d’hier et d’aujourd’hui ». Ça a été un de mes premiers déclencheurs. Mes grands-mères étaient couturières, et l’une d’entre elle, travaillait dans une maison célèbre de Haute Couture. Je me suis inspirée des livres photos pour reproduire les grandes robes qui ont marqué l’histoire de la mode. Dans cette planche, j' évoque la difficulté d’une femme à se faire remarquer pour autre chose que ses apparences, et faire valoir ses idées sur le style, la modernité, les valeurs de la féminité.

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Claire Alice Villemin bd de la femme d'hier et d'aujourd'hui

Claire Villemin remporte son premier prix pour cette

BD autour du thème "La femme d'hier et d'aujourd'hui" (1996)

 

En 2008, lors d’une année de cession Erasmus à Bristol j’ai repris un peu la peinture, le dessin. C’est une ville qui a vu naître de nombreux groupes de musique mais aussi Bansky. C’est une ville qui m’a inspirée en termes d’énergie.

Comme beaucoup, j'ai pensé que ce serait bien de faire des études qui n’étaient pas liées au domaine artistique. De la littérature, de la communication, puis me suis obstinée dans un poste salarié avant de comprendre que même physiquement je n’étais pas bien. J’avais des maux et je n'étais pas épanouie. C’est vraiment le corps qui m’a rappelé à l’ordre.

C’est à partir de ce moment-là, que j’ai pris conscience de « la parole » du corps, de l’impact de notre esprit sur notre physique et que les deux étaient liés. Je me suis beaucoup documenté pour trouver les sources thérapeutiques, et cette phrase du philosophe Lacan m’accompagne toujours, « le corps est la voix royale qui mène à l’inconscient ».

 

Claire Villemin dans son atelier

Claire Villemin et sa toile Reminiscence 

En 2015, j’ai commencé à me remettre à la peinture et j’ai postulé à un salon de jeunes créateurs, le Salon Arbustes, durant lequel j’ai reçu mon premier prix.

J’ai alors entamé une reconversion, et ai dans le même temps commencé à donner des cours de dessin et de peinture chez moi, pour conserver un socle de sécurité.

C’est drôle, tu mets en lumière l’année 2015 comme année charnière. J’ai l’impression que cette année ressort beaucoup comme un portail de changement de vie ?

J’ai beaucoup de personnes qui m’ont parlé de l’année 2012 comme une grosse année de changements émotionnels. Mais en effet entre 2012 et 2015 il s’est passé énormément de chamboulements. Nous sommes nombreux à avoir entamé sur cette période des modifications de vie.

 

L'envol Claire Alice Villemin

L'envol, Aquarelle - 2021

Quel a été le déclencheur ? Comment l’émotion est revenue chez toi et comment as-tu décidé de te consacrer uniquement à ton art ?

J’ai commencé par créer un blog pour proposer ma vision artistique aux autres et ai eu pas mal de retours positifs. J’ai été repérée d’abord sur les réseaux sociaux, puis invitée à participer à ce salon des jeunes artistes, le Salon Arbustes, avec ce premier prix et les encouragements du milieu professionnel.

Au début je ne vendais pas parce que je n’étais pas professionnelle.

Peu après ma vie personnelle a été chamboulée. C’est là que j’ai commencé à peindre à l’aquarelle et notamment ma série Mélancolie.

J’étais dans un tourment et j’ai reçu mon premier grand prix avec « Le chant des Sirènes » puis exposé au Salon d’Automne. Cette œuvre a été un exutoire à ma tristesse et mon amour, car à cette époque de crise, seule ma peinture prouvait mon existence au sens physique et psychologique. Je n’avais plus rien d’autre, tout était détruit et il fallait tout recommencé. C’était le début d’une nouvelle aventure.

À travers la peinture, la couleur, les formes, que j’ai appris à maitriser très jeune, j’arrive à m’exprimer. Je suis très à l’aise dans l’expression picturale beaucoup plus que dans les mots. Même quand je propose un tableau, je trouve cela délicat de l’expliquer au public à travers mes mots.

C’est un vrai débat de savoir expliquer et de rajouter la puissance des mots à la création ? Et parfois on ne le sait pas nous même ?

Oui, en ce qui me concerne j’ai appris à être en retrait de mes mots et sensations quand je propose un tableau. Parfois, je mets des mois à comprendre la portée de mon message dans l’œuvre. Le processus créatif reste quand même très intellectuel mais il est plus ou moins poussé. Je sais quelle émotion je veux transmettre, quel support utiliser mais il y a toujours un voyage au moment de la création et je laisse beaucoup mon geste évoluer au cours de mon travail et mon inconscient travailler. C’est cela qui me fait du bien.

 Claire Villemin

Tu te souviens de la première toile que tu as vendue ?

Oui c’était en Galerie, une toile de la Série des « Végétales ». L’acheteur a parlé de musique quand il a vu la toile. Ce qui m’a énormément touchée, au vue de ma formation initiale qui parle de pluralité.

J’ai été exposée dans Paris grâce aux « Amis du Salon d’automne », une association qui permet d’être exposé avec d’autres artistes.

J’ai remarqué que souvent les choses sont facilités par connexion, et qu’il était difficile de bousculer les événements.

 

Est-ce que tu te créés un cadre rituel comme pour une incantation avant de créer ?

Oui, énormément. Je m’inspire beaucoup de la littérature, de l’écriture. Et j’écoute énormément de musique. La musique est un canal qui me permet de rentrer presque dans un état second, de méditation ou d'apesanteur. Et souvent une peinture jaillit après avoir écouté de la musique ; douce, planante. Du trip Hop, de l’acoustique, du rock alternatif, de l’électronique…

En général, mes idées naissent dans les émotions fortes qui me submergent, dans les rencontres. Ce peut-être sur fond de tourment ou d’angoisse ou d’excitation quelconque, un désir de fédérer. La création s’opère quand le point de bascule entre intellect et pulsion est à son apogée, qu’ils sont tellement grands en moi, qu’ils me submergent et doivent exulter.  

 

 Claire Villemin dans son atelier

Claire Villemin nous parle création

Sur ton site internet tu mets en avant plusieurs séries. Ce qui m’intéresse c’est de comprendre comment tu construits ton œuvre ?

Les deux premières séries qui sont nées sont « Les Racines » et « La Mélancolie ». En fait lors du premier salon, d’autres artistes m’ont conseillé au vue de mes différents styles, de les classifier pour plus de compréhension. En général, je peins, je créés, puis m’aperçoit que l’œuvre correspond à un style. C’est ainsi que chaque série grandit au fur et à mesure, au gré de mes obsessions.

Les thématiques des séries sont transversales : on y retrouve la figure féminine, reliée aux forces de la nature, qui puise ses ressources dans la mythologie et dans le monde moderne.

Il y a un lien entre chaque série. L’émotion n’est pas la même mais représente la dualité de nos personnalités.

Saine d'Esprit Claire Villemin

Saine d'Esprit, Acrylique sur Toile Libre - 2021

 

Je travaille aussi bien l’huile, l’acrylique ou l’aquarelle. Je favorise l'élément de l'eau qui va de pair avec le bleu. C'est une inspiration à la fois de mes origines grecques mais aussi de la féminité et de la maternité.

On retrouve aussi l'eau dans l'aquarelle de façon plus directe puisque c'est une des matières premières du médium, beaucoup de transparences, de dissolution.

J’aime cette dissolution des formes, des couleurs, pour évoquer la question des limites du corps et de l’esprit. C’est pourquoi j’utilise souvent la couleur bleue, pour l’introspection.

Nouvelle Née Bleue Claire Alice Villemin

Nouvelle Née Bleue, Aquarelle - Avril 2021

 

Pour les femmes, je m'inspire de la féminité de ma mère, d’un point de vue esthétique et spirituel, un peu comme une muse christique. Je m’inspire des femmes de tout temps, du charme des muses de toutes époques, à travers la peinture classique de Cabanel, Ingres, et aussi via des modèles contemporains sur Instagram, ce qui fait écho avec la BD que j'avais dessiné sur le thème "d'hier et d'aujourd'hui."

 

Reminiscence Claire Alice Villemin 2021

Reminiscence (d’après le mythe de Léda et le Cygne), huile sur toile - 2021

 

Mon œuvre est souvent chargée, saturée, je reviens souvent dessus par insatisfaction. C’est une de mes prochaines pistes d’évolution, déjà visible dans la série « La Mélancolie » en 2016, où j’intègre plus de vide, de respiration. Ce vide qui parfois laisse plus de place au contenu.

J’arrive au fur et à mesure sur du lâcher prise.

Je pars sur une idée et bien souvent, elle m’emmène ailleurs. Je la laisse me guider. C’est avant tout une question de processus, de travail. Je ne me mets pas de pression avec le résultat car il arrivera, un peu comme notre mort, alors pourquoi s’en préoccuper et s’encombrer de cela ? Je préfère m’intéresser au contenu que nous offre la vie, et c’est dans cette démarche qu’on arrive à se surprendre. 

Et comment crées-tu ? Est-ce que tu t’imposes des créneaux de création ?

Je ne suis pas forcément très organisée et peins quand j’en ressent le besoin. J’ai cependant agencé mes divers métiers pour avoir le temps de peindre mais aussi du temps libre pour ne rien faire. Je pense que rêver est très important quand on est artiste ; il faut être dans une certaine lenteur. Je m’octroie des moments très libres où l’émotion et l’envie de créer surgissent. Ça peut être une fois, deux fois par semaine, par période tous les jours. Je peux rester des semaines sans peindre, ce qui me fait quand même un peu peur.

Je ne suis pas un génie mais je suis peintre et je souffre parfois de phobies à l’idée de perdre mon inspiration, ce sont les névroses du peintre. L’inspiration peut partir mais elle revient toujours.  C’est comme le soleil !

Les idées de création peuvent venir avant de m’endormir, durant mes rêves, la nuit, auquel cas je m’enregistre sinon j’écris. J’ai des carnets de croquis également.

 

 Claire Villemin retouche ses oeuvres

Claire Villemin à l'Aquarelle 

Quels sont tes projets ?

J’expose dans une galerie à Saint-Prix en avril 2022.

J’ai hâte de pouvoir reprendre les expositions multi-artistes et réfléchis également à faire un livre. Je réfléchis à d’autres formes d’expression.

Le collectif me manque beaucoup.

Et la pluri-disciplinarité a toujours été mon rêve : pouvoir combiner diverses pratiques artistiques pour créer une œuvre commune, à travers un spectacle, des performances, qui regrouperait des danseurs, des musiciens, des peintres, des comédiens.

 

Retrouvez Claire Villemin :

https://www.eclairciie.com/

https://www.instagram.com/eclairciie/ 

Entretien réalisé par Laure Rolin & Amélie Marzouk.

ITW écrite par Laure Rolin.

Crédit photos Amélie Marzouk

 

1 commentaire

  • Bravo pour votre travail et vos explications sur l’introspection créative !!!! 🤩☺️

    Myriam Vinet (CLEOMY.)

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